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Un trésor caché     

L'ORGUE

DE L'EGLISE SAINT-LEU

Un patrimoine dans l'ombre

Au dessus des fonts baptismaux, nous pouvons remarquer l'élégante tribune latérale de style renaissance qui longe le mur nord de l’édifice. Cette tribune était, à l'origine, destinée à porter un orgue. Au début du XIXème siècle, la construction de la tribune occidentale du bas-côté a entraîné sa mutilation.

L'antique orgue de la renaissance cède sa place à un instrument neuf dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Celui-ci ne sera plus situé sur la tribune nord mais placé sur une nouvelle tribune au-dessus de l'entrée principale à l'ouest (à l’emplacement actuel).

Cet instrument est restauré par Charles Dallery en 1750. La réception a eu lieu le 17 mai 1751. Cet orgue traversa la Révolution sans encombre mais l’église est transformée en magasin à fourrage.

En 1839, Etienne-Joseph Hanze (alias Frère Bonaventure) et les frères Basiliens de l’abbaye de Valloires construisent un instrument neuf pour 13.000 francs. Cet orgue se composait de 32 jeux sur 3 claviers et un pédalier de 25 notes.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le curé d'alors, l'abbé Mulot, charge Paul Deldine – facteur d’orgues amiénois qui venait de reconstruire l’orgue de l’église Saint-Rémy – d'apporter diverses modifications et de « moderniser » l’instrument. Deldine transforme donc la palette sonore de l'orgue des Basiliens et l'augmente de 32 à 37 jeux. Nous passons donc d’une esthétique sonore post-classique de transition à une esthétique romantique. À cette occasion, la tribune fut également agrandie. L'orgue est inauguré par le célèbre organiste parisien, Alexandre Guilmant le 19 décembre 1875.

À partir de 1882, le grand facteur d’orgues belge Van Bever améliore la mécanique, puis, à petites étapes, modifie très légèrement les timbres de l'instrument.

En 1938, un relevage (remise en état) est effectué par Jules Bossier de Dijon qui installe un ventilateur électrique.

Le dernier organiste titulaire fut M. Paul Mille, resté au chevet de son instrument jusqu'à la fermeture de l'église, après avoir succédé à MM. Dumont père et fils.

Dans les années 1960-70, l'orgue est en danger. L'instrument étant inutilisé depuis des années, des personnes malveillantes veulent en profiter pour s’emparer de la tuyauterie. Afin de le sauver, le facteur d’orgues amiénois Geoffroy Asselin effectue un relevage, une remise en route et prouve ainsi que l'orgue est totalement fonctionnel dans les années 70. Un enregistrement effectué par ses soins a servi de témoignage.

L’orgue de l’église Saint-Leu présente un grand intérêt historique et musical. Classé aux Monuments Historiques, cet instrument passionnant, est représentatif de la facture d’orgue picarde du XIXème siècle et mériterait une grande restauration. C’est un véritable bijou de notre patrimoine organistique amiénois qui est de plus, resté intact. Il est important de nous rappeler que dans notre département et plus spécialement à Amiens, les deux derniers conflits mondiaux nous ont déshérité d’une part importante de petits et grands instruments de grande qualité et de haut intérêt historique, l’orgue de Saint-Leu est un rescapé.

 

Antoine THOMAS,

jeune organiste amiénois,

étudiant au CNSMD de Lyon